LES RESSOURCES EN EAU AU MAROC : QUELLES PERSPECTIVES ?
La pénurie d’eau au Maroc est devenue structurelle et va en s’aggravant suite au changement climatique.
Le Maroc fait face à une crise de l'eau croissante qui est exacerbée par les effets du changement climatique. Les indicateurs montrent une diminution constante des précipitations, une raréfaction des eaux de surface, une surexploitation des eaux souterraines, et un déficit croissant entre l'offre et la demande.
Depuis 60 ans, les précipitations ont diminué en moyenne de 20%, et les modèles prévoient une baisse supplémentaire de 15% d'ici 2050. Le nombre de sécheresses sévères a augmenté de manière significative, passant d'une tous les 11 ans avant 1980 à cinq au cours des 11 dernières années. En 2021-22, le pays a connu une sécheresse sévère à extrême, avec un déficit pluviométrique de 50% par rapport à la moyenne et une couverture neigeuse en baisse de 90% par rapport à 2018.
Les écoulements d’eaux de surface sont également de plus en plus faibles. Les apports annuels ont diminué de 33% entre les périodes 1945-80 et 1981-2021, avec une moyenne de seulement 10,4MMm3/an au cours des cinq dernières années et seulement 2MMm3 en 2021-22. Le taux de remplissage des retenues de barrages est également en baisse, avec seulement 25,8% en 2022 contre 62% en 2018. Certains barrages, comme Al Massira, sont remplis à seulement 4,2%.
La surexploitation des eaux souterraines est un autre problème majeur. Le volume renouvelable exploitable est estimé à 3,9MMm3/an (probablement mois suite aux dernières sécheresses) alors que le volume prélevé est estimé à 5MMm3/an (probablement plus), ce qui crée un déficit de 1,1MMm3/an si ce n’est beaucoup plus. Le niveau des principales nappes du pays a baissé de plus de 1m/an, voire 3m/an dans certaines nappes comme celle du Haouz-Mejjate (voir lien ci-dessous).
Le déficit entre l'offre et la demande en eau est également préoccupant. En 2020, l'offre était de 14,5MMm3/an, mais, sans mobilisation complémentaire, elle devrait se réduire à 13MMm3/an d'ici 2050 en raison de l'impact du changement climatique. La demande est de 16,2MMm3/an en 2020 et devrait augmenter à 20MMm3/an d'ici 2050. Le déficit prévu pour 2050 est donc estimé à 7MMm3/an, selon le Département de l’Eau. La stratégie de l'État vise à le combler à hauteur de 4,5MMm3/an par l'augmentation de l'offre (barrages, dessalement…) et de 2,5MMm3/an par la réduction de la demande (diminution des consommations).
En somme, la situation des ressources en eau au Maroc est alarmante et nécessite des mesures urgentes pour équilibrer l’offre et la demande en eau. Mais, en même temps, il y a lieu d’améliorer la connaissance des ressources en eau et des perspectives de leur évolution suite à l’impact du changement climatique et ce par : la mise en place du Système National d'Information sur l'Eau prévu par la loi sur l'eau et le renforcement du système de recherche et développement dans les domaines du climat et de l'eau pour mieux comprendre les défis et développer des solutions innovantes. Enfin, il est essentiel d'intégrer les impacts du changement climatique dans la définition des politiques publiques.
Pour en savoir plus :
- Note de synthèse du webinaire organisé le 29 septembre 2020 sur le thème : « Evolution des ressources en eau au Maroc : Tendances et Perspectives »
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