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La gestion de la demande en eau au Maroc : une nécessité urgente


Les investissements pour l'amélioration de l'efficience hydraulique ne suffisent pas
Face à des potentialités modestes d’augmentation de l’offre en eau, la demande en eau de tous les secteurs usagers ne cesse d’augmenter, aggravant ainsi le déficit à combler. Selon les prévisions du projet de Plan National de l’Eau, la demande en eau potable et industrielle passera de 1,7 à 2,6 milliards de mètres cubes par an en 2050 même avec l’hypothèse d’amélioration des réseaux à 80%, tandis que la demande en irrigation passera de 14,5 à 17,5 milliards de mètres cubes par an même avec une réduction des prélèvements d’eau souterraine à hauteur du volume renouvelable. Face à cette situation, la politique de l'État s’est concentrée jusqu’à maintenant sur les investissements pour améliorer l'efficience des réseaux, mais cela ne suffit pas.
Le principal problème de la gestion de la demande en eau au Maroc est la NON-MAITRISE du développement de l'irrigation privée à partir des nappes et des rivières. Les moyens de contrôle des prélèvements d’eau par les Agences de Bassins Hydrauliques sont faibles et il existe un nombre important de puits et forages non autorisés (91% d’après le ministre de l’Equipement et de l’Eau). Les subventions importantes à l'extension de l'irrigation et des plantations sont en contradiction avec l'objectif de réduction de la demande.
Dans les périmètres d'irrigation collective (grande hydraulique et petite et moyenne hydraulique), la consommation d'eau est limitée par l'offre d'eau disponible, qui diminue suite à la diminution des apports naturels et au développement de l'irrigation privée. Pour les périmètres de grande hydraulique, cette situation est aggravée par la priorité à l’alimentation en eau potable accordée par la loi sur l’eau qui, quoique légitime, doit être assortie de règles qui limitent au strict nécessaire la consommation urbaine et qui atténuent la perte de revenus subie par les agriculteurs de ces périmètres.
La politique de l'État se limite aux investissements pour l'amélioration de l'efficience des réseaux, ce qui est largement insuffisant. Cette politique doit être complétée par un programme volontariste de contrôle et de réduction des prélèvements d'eau par l'irrigation privée. Le contrôle de la nature des cultures pratiquées par les agriculteurs est, à notre avis, non pertinent et irréalisable sur le terrain. Les contrats de nappe tels que conçus au Maroc se sont révélés inefficaces (voir article spécifique à ce sujet).

Nos recommandations :
- La priorité des priorités est la maîtrise du développement de l’irrigation privée dans les zones vulnérables en entreprenant une batterie de mesures volontaristes de réduction de la demande en concertation avec les usagers : régularisation des points de prélèvement avec affectation de quotas, interdiction de l’extension de l’irrigation, contrôle strict des prélèvements d’eau, suppression des subventions à l’extension de l’irrigation…

- Dans les périmètres de Grande Hydraulique et de Petite et Moyenne Hydraulique, renforcer les programmes d’amélioration de l’efficience hydraulique aux niveaux du transport, de la distribution et à la parcelle.

- Dans les périmètres urbains, intensifier les efforts de détection de fuites et de réhabilitation aux niveaux des systèmes de transport et de distribution, et adapter la conception et la gestion des espaces verts à la raréfaction des ressources en eau.


- Réviser les règles d’allocation inter et intra sectorielle de l’eau pour une plus grande équité entre les différents usages et usagers, pour une meilleure préservation du milieu naturel et pour une meilleure efficience économique.

- Entreprendre des campagnes intensives et soutenues de sensibilisation sur la valeur de l’eau et sur la nécessité de sa préservation et adopter des systèmes de tarification permettant l’équilibre financier des opérateurs et incitant à l’économie de l’eau.
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Pour en savoir plus :
- Note de synthèse du webinaire organisé le 8 mars 2021 sur le thème : « Pour une agriculture irriguée pérennisée dans un contexte de raréfaction de l’eau »

- Enregistrement vidéo du webinaire du 8 mars 2021


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